Interview d’Imed Gharzouli, illustrateur

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Salut Imed,

Qui es-tu ?

Je m’appelle Imed Gharzouli, je suis illustrateur. En fait je fais tout ce qui se dessine, j’aime bien dessiner à la base. Je suis aussi directeur artistique, roughman, storyboarder. Ce sont plusieurs cordes à mon arc que j’aime utiliser en fonction des projets.

J’étais directeur artistique chez Publicis 133 et Marcel.

Quelles études as-tu faites pour en arriver là ? Tu as étudié dans le dessin ?

Alors, j’ai eu un parcours scolaire assez chaotique [rires]. J’ai commencé en seconde STI Arts appliqués, une section de design et communication visuelle qu’on peut avoir dès le lycée. J’ai ensuite enchainé avec un BTS communication visuelle, toujours dans le même lycée, à Chaumont, c’est un peu le triangle des Bermudes de France, c’est un endroit où les gens se perdent (entre Troyes, Nancy et Reims) et, il n’y a rien. J’étais  dans un petit lycée en périphérie de la ville. Il n’y avait pas grand chose à faire à part trainer ou dessiner.

Quand tu me parlais de dessin, en fait, j’ai commencé à dessiner il y a très longtemps étant jeune. Je suis auto-didacte, je n’avais pas pris de cours de dessin ni rien. J’ai commencé en dessinant des Tortues Ninja. Je trouvais que c’étaient des personnages rigolos, un peu inhabituels, ce n’étaient pas des humains. Je trouve qu’à travers eux j’ai beaucoup appris à dessiner, ça me permet d’avoir une sorte de forme globale d’humanoïde.

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© Fanart by Shadow-Net (Nikolaï)

J’ai aussi commencé à dessiner car mon père avait un principe qui était de ne pas m’acheter de jouet. Donc pour en avoir, je devais m’en fabriquer et le principe, c’est que j’avais des feuilles avec des crayons et je dessinais des personnages que je voyais chez mes potes ou dans les dessins animés et les BD puis je les découpais et je jouais avec [rires]. Grâce à mon père j’ai pu avoir une putain de créativité à ce niveau là car je développais plein de personnages, je construisais des plateformes pour jouer avec et ça m’a permis de développer ce skills là qu’est le dessin.

À la base, je devais devenir ingénieur et j’ai toujours essayé de trouver un moyen d’avoir en relation mon dessin et mon travail, mon père ne voulait pas que je suive un cursus qui soit purement artistique mais plutôt que je devienne architecte, ingénieur et me servir du dessin pour développer des trucs.

J’ai rencontré un jour un mec, Nicolas Jeanson, qui était designer automobile, on faisait du skateboard quand j’étais plus jeune, on faisait du skate au même endroit et, il me voyait dessiner entre deux tricks et il me disait : « Pourquoi tu ne fais pas ce cursus là, l’art appliqué ? », dès le lycée car j’étais encore au collège et, il m’a aidé à convaincre mon père à suivre ce cursus car je devais partir en scientifique ou en littéraire. Grâce à ce mec tu vois, j’ai pu développer tout un univers graphique parce qu’avant je dessinais dans mon coin, je regardais des BD, des mangas et je ne savais pas trop où ça allait, je voulais juste dessiner ! Et ce mec m’a permis de suivre cette filière qu’est l’art appliqué et de découvrir le design, le graphisme, le cinéma d’animation, le coeur même de ces univers !

Dans ta dernière série illustrée, « RED HOT », tu as un style bien à toi avec une dominante de rouge. D’où viennent tes inspirations ?

Wahou ! Ça serait un peu réducteur de dire qu’il y a quelques artistes qui m’inspirent mais je pense qu’avant tout ce que j’aime c’est le dessin, la forme.

Comme je te l’ai dit, les Tortues Ninja ont été une grosse influence pour moi [rires], c’était les comics, j’avais des BD partout, Spiderman, Preacher une BD que je te conseille, le cinéma beaucoup, mon père regardait énormément de films et j’ai été beaucoup influencé par les westerns, les polars, les films de Scorsese et Rambo surtout ! Tous les films d’action des années 90 bien lourds. Tout ça m’a inspiré dans ma démarche même si on ne le retrouve pas beaucoup dans mes illustrations, ça fait partie de mon background.

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Après si tu veux des artistes qui m’ont influencé et que je recommande, il y avait un artiste que j’aime beaucoup et qui dessine les femmes d’une manière assez bizarre que je trouvais intéressante et qui s’appelle J. Scott Campbell c’est un artiste de comics qui a beaucoup dessiné de covers Spiderman, des trucs comme ça. Il avait une BD qui s’appelait « The Danger Girl » et c’était assez sexy, étant adolescent, ça me faisait tout chaud [rires] ! Sinon il y a Otomo le père d’Akira qui m’a beaucoup influencé. Il y a beaucoup de japonais car à l’époque je lisais pas mal de mangas et je m’en inspirais beaucoup que ça soit Katsuya Terada, un artiste japonais qui défonce, James Jean aussi qui est assez ouf, c’est un univers un peu onirique, des situations un peu étranges qui peuvent mettre mal à l’aise tout en étant belles et poétiques.

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© James Jean

En fait, mon but c’était, à chaque fois que je trouvais quelqu’un qui défonçait, qui était ouf, génial, j’avais ce sentiment d’avoir envie de faire mieux et de pousser mon travail, de le développer jusqu’à le dépasser !

Dans le cinéma, j’aimais beaucoup les films d’actions, les films d’arts martiaux, Bruce Lee, « la 36ème chambre de Shaolin« , cette réponse est un peu difficile car il y a beaucoup d’influences, je picore dedans ! Je suis un boulimique de tout ça. Et je m’inspire aussi des jeux vidéos. Je pense que c’est l’art suprême qui réunit plein de courants artistiques que ça soit le dessin, la technologie, le scénario, la réalisation cinématographique etc. Le jeu vidéo est un univers à surveiller, il y a plein de trucs cools qui sortent en ce moment qui sont vraiment immersifs et où tu as l’impression d’être acteur à part entière dans un film. Le jeu vidéo c’est pour moi, une prochaine étape pour développer des univers.

Pour en revenir à tes inspirations et à ton travail, j’ai remarqué que la couleur rouge se retrouvait dans ton tout ton travail. Pourquoi ?

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© Imed Gharzouli

Je suis assez fasciné par la monochromie, tout ce qui est en dehors du blanc. Le rouge en particulier car je trouve que c’est une couleur puissante. D’ailleurs, beaucoup d’effets sont liés au rouge : ça donne faim, ça énerve. C’est une couleur très stimulante qui te donne envie de faire quelque chose, qui te met sur les nerfs. C’est chaud, c’est le feu. Il y a une certaine violence dans cette couleur et à travers les portraits que je voulais faire, j’avais envie de pousser, de mettre en exergue ce côté là. Un peu comme si je faisais mes illustrations avec mes tripes et que j’avais envie de souligner tout ça avec cette couleur. Et surtout, graphiquement, je trouve ça intéressant de mélanger le noir et le rouge et qu’il n’y ait pas de blanc dans tout ça, qu’il y ait un contraste assez énorme où le blanc devient rouge et tu retrouves souvent ça dans les soirées ou dans les boîtes de nuit quand tu as des couleurs rouge dans des fumoirs, c’est une atmosphère que je trouve assez étrange et que j’aime bien retranscrire.

 J’ai aussi beaucoup travaillé pour une marque qui aimait le rouge et qui a amplifié tout ça.

Tu as d’ailleurs publié il y a quelques mois une série de portraits de plein de collègues à toi, comment t’est venue l’idée ?

Il est arrivé un moment dans ma vie où je faisais beaucoup de dessins pour les gens, gratuitement pour faire plaisir ou juste être gentil et dès que je me suis rendu compte qu’on pouvait gagner de l’argent avec… [rires], nan je rigole ! C’était avant tout pour moi une manière de revenir à un truc que j’aimais beaucoup, de rendre hommage à tous ces gens qui m’ont accompagné, qui m’ont supporté et avec qui j’ai beaucoup appris. C’était pour moi une sorte de marque, maintenant que j’ai quitté toutes ces personnes et que tu retrouves à peu près 15% des personnes avec qui tu as travaillé c’était histoire de dire « merci beaucoup pour tout ce temps » et aussi, il y a énormément de symbolique dans certains portraits ! J’aime dessiner les portraits et retranscrire l’expression des personnages. Quand tu regardes autour de toi, il y a énormément de visages différents et tellement de « shape » graphique différents que c’est intéressant à appliquer sur des portraits ! Dans la série « RED HOT » j’ai essayé de faire un truc assez réaliste tout en restant graphique pour remercier tous ces gens de leur accueil, de m’avoir appris des trucs… C’est un hommage ! (cliquez ici pour voir la série complète)

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©Imed Gharzouli

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©Imed Gharzouli

Il y a dans chacun des portraits que tu as fait pour la série « RED HOT » énormément de symbolique. Quel était ton but et comment tu as imaginé chacun de ces dessins ?

C’est simple et compliqué en même temps parce que à la base je voulais laisser un message à ces personnes et à travers le dessin ou les symboles et les éléments que j’utilise dans ces portraits, il y a une sorte de message caché dans chacun d’eux que j’essaye de faire trouver à la personne. Je ne donnerai aucun indice et jamais je ne révèlerai quoi que ce soit. J’aime bien faire ce genre de trucs un peu de métaphysique, en gros, il y a un message dans ton portrait, à toi de l’interpréter. Il peut être bon comme mauvais mais c’est à toi de te faire une idée. J’ai voulu te donner une idée, c’est un peu comme ce qu’on faisait à l’école quand on étudiait des livres, un mec écrivait quelque chose, il faisait passer un message et on interprétait ses messages mais ça se trouve l’auteur n’est pas du même avis et c’est ça que je trouve magique dans l’art, ça se trouve le mec est un escroc complet mais tu ne le sais pas donc tu y vas de ton analyse mais tu ne sais pas vraiment au final. C’est ça qui est cool dans l’art c’est que ça développe l’imagination, tu imagines toi-même la signification par rapport à certains codes que t’as déjà en tête mais tu te fais toi-même ton idée !

Et donc tous les déguisements, les symboles etc. que j’utilise dans les portraits sont vraiment des messages cachés que j’adresse à ces personnes.

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©Imed Gharzouli

Comment on peut te contacter, où est-ce qu’on peut te retrouver ?

Tu peux me retrouver dans le 20ème parce que j’aime bien ce quartier car il est agréable et sans prétention ! tu peux aussi me retrouver sur Instagram, j’ai découvert ça il y a quelques années, un peu tardivement mais c’est intéressant pour découvrir d’autres artistes ou suivre les artistes que tu apprécies, et sur Internet aussi.

Un dernier mot ?

Soyez exigeants avec vous-même !

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